Rubie Commence Ses Vacances
La maison des grands-parents tient
dans une coquille d’escargot —
on y entre par le mardi,
on en ressort transformée en lumière.
Grand-mère a des mains de fougère
qui feuilletent l’air avant l’orage,
grand-père dort dans une armoire
dont les tiroirs contiennent des hivers.
Le soir, les murs poussent des feuilles,
la soupe chante une langue morte,
et Rubie apprend à compter
les étoiles qui naissent dans les tasses.
Puis vient la maison de papa —
une autre façon d’être dedans.
Le plancher se souvient de tout,
les poutres respirent comme des bêtes.
Papa a construit une pièce
que personne n’a jamais trouvée,
elle est pleine de mercredis
et d’une odeur de pluie sur le cuivre.
Rubie y laisse une dent de lait,
un secret dont elle ignore la forme,
et la pièce referme sa bouche
sur ce qui ne peut plus être dit.
Alors vient la plage — le grand
renversement du monde ordinaire.
La mer parle toutes les langues
sauf celle que l’on voulait entendre.
Les vagues déposent des choses
qui n’existaient pas avant d’arriver —
une clé pour une porte d’eau,
un miroir qui montre le vent.
Rubie marche jusqu’au bord extrême
où le sable devient de l’absence,
elle tend les bras, elle est oiseau,
elle est sel, elle est recommencement.
Et quand le soleil se dissout
dans la mer comme un cachet d’or,
l’été referme ses paupières
sur l’enfant qui a traversé tout.