Protocoles d'entente
Il arrive par la gauche, aluminium brossé,
son logo lumineux comme une lune privée —
moi qui tourne sous Windows,
boîtier noir, ventilateur asthmatique.
Nous nous mesurons.
Il parle en unix
quand je parle en registres,
il dort en trois secondes
quand je cherche encore mes clés.
Ses polices sont des soies.
Les miennes, des chaussettes grises
un lundi.
Et pourtant.
La nuit, quelqu’un tape sur nous deux
les mêmes mots d’amour maladroits,
les mêmes bilans qui mentent,
le même poème inachevé depuis mars.
Nous chauffons pareil sous les paumes.
Nous craignons pareil la chute,
le café,
l’oubli dans un taxi.
On nous branche, on nous débranche.
On nous demande tout
puis on ferme notre écran sans dire bonsoir —
sans voir que nous tenions,
chacun à notre façon,
la même chose dans le noir :
ce que l’autre avait écrit
avant de s’endormir.