Les Mains de la Caissière
À trois heures, il n'y a plus personne
que le bourdonnement des congélateurs
et la lumière qui ne sait pas se taire.
Elle pose ses mains à plat sur le tapis,
paumes ouvertes, doigts un peu écartés,
comme on pose un objet qu'on aurait porté trop longtemps.
Ce sont des mains de quarante-deux ans.
Elles ont tenu des sacs, des enfants, des rampes d'escalier,
elles ont su compter la monnaie sans regarder,
elles savent le poids d'une brique de lait
à un gramme près, et ne s'en vantent pas.
Le tapis avance tout seul, par petites secousses,
vers rien.
Un homme arrive avec du pain de mie et des piles.
Les mains repartent. Elles se referment,
elles reprennent leur métier de mains,
elles glissent, elles tapent, elles rendent.
Mais pendant douze secondes, entre deux clients,
elles n'avaient rien à faire —
et c'est la seule chose de tout le magasin
qui ne servait à rien,
donc la seule qui était vraie.