YOSTORILe SecondVeilleurpar Yostori
conte · 8 min de lecture

Le Second Veilleur

Yostoripar Yostori
Publiée 23 juillet0 encre

En ce temps-là, du vivant de nos grand-mères, quand les rues n’avaient d’autre lumière que celle qu’on voulait bien mettre aux fenêtres, les villes de chez nous entretenaient un veilleur de nuit.

C’était un homme payé pour ne pas dormir. Il recevait une lanterne, une corne, un manteau doublé et une pique dont personne ne se rappelait l’usage. Toute la nuit, il faisait le tour des rues d’un pas égal, et à chaque heure il chantait l’heure, afin que ceux qui veillaient sachent où ils en étaient de leur peine, et que ceux qui dormaient, l’entendant du fond du sommeil, se retournent dans leurs draps avec le sentiment que le monde était gardé.

La ville dont je parle était une petite ville de la haute province, serrée entre son rempart et sa rivière, avec des rues qui montent et l’odeur des tanneries au bord de l’eau. Son veilleur s’appelait Firmin, et il avait crié les heures pendant quarante ans.

Son cri, tous les enfants de la ville l’avaient appris avant leurs prières :

— Dix heures sont sonnées ! Couvrez le feu, gardez la chandelle ! Dormez, bonnes gens : le veilleur veille !

On lui connaissait une manie, dont on souriait sans y penser : il criait toujours l’heure un peu avant l’horloge, et il faisait sa ronde une rue en avance sur l’itinéraire que la ville lui avait fixé. Les échevins l’en avaient repris deux fois dans les commencements, puis ils avaient renoncé, car on ne redresse pas un homme ponctuel de trop.

Le père Firmin mourut entre deux hivers, dans son lit, ce qui est une fin honorable pour un homme de nuit.

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