Le Repos des Mères
Pose tes mains, enfin,
sur le bord du soir.
Elles ont porté tant de choses fragiles —
les têtes lourdes du matin,
les fièvres, les peurs sans nom,
le poids d’un monde qui ne sait pas remercier.
Pose tes mains.
La mer aussi se retire à marée basse
et laisse voir ses os de sable et de sel —
ce n’est pas un abandon,
c’est le souffle avant le souffle.
Elle reviendra.
Elle revient toujours.
Mais ce soir,
dans l’intervalle,
les algues dorment contre la roche,
les poissons cherchent leur propre chemin,
et la mer a le droit
d’être simplement de l’eau.
Toi aussi,
simplement toi —
avant le prénom que les autres t’ont donné,
avant les bras tendus dans le couloir,
avant le oui prononcé
sans qu’on t’ait demandé.
Il n’y a rien à tenir ce soir.
Les racines savent où aller.
Les enfants, les graines, les vagues —
ils portent ton silence en eux
comme une boussole.
Pose tes mains.
Ferme les yeux.
Le monde que tu as fait
tient debout.