Le Pacte des Floraisons
Elle s’est ouverte comme on avoue un secret —
pétale après pétale, la confidence rose
dénouant ses voiles dans la lumière oblique
du matin qui hésite encore à être jour.
Et l’abeille est venue.
Non pas tombée du ciel — surgit de lui,
petite ambassadrice d’un royaume doré
dont nous ne connaissons pas les frontières.
Elles se sont reconnues sans s’être jamais vues.
C’est cela, le miracle : cette mémoire
qui précède la naissance, ce désir
plus ancien que le nom des choses.
La fleur a incliné sa corolle
avec la grâce lente d’une danseuse
qui cède le poids de son corps
à la certitude d’un bras tendu.
Et le tango a commencé —
un tango de silence et de frémissement,
l’une offrant son cœur poudreux et lumineux,
l’autre y posant sa bouche comme une question.
Nul musicien n’était nécessaire.
La tige oscillait, la brise tenait le rythme,
et le jardin entier retenait son souffle
devant ce commerce sacré de vivants.
Car c’est un prêt, non un abandon :
le pollen confié aux pattes d’ambre
voyage de fleur en fleur comme une promesse
que le vent seul ne pourrait pas tenir.
Et quelque part — dans un pré que nous ne verrons pas,
sur une tige que nul regard n’a nommée —
la graine se forme, noire et secrète,
grain d’avenir dans la paume de l’été.
La fleur ne saura jamais son enfant.
L’abeille ne revient pas.
Et pourtant tout recommence,
et pourtant tout est accompli.