YOSTORILe Dragon desNuits de Tonnerrepar Michael
conte · 15 min de lecture

Le Dragon des Nuits de Tonnerre

Michaelpar Michael
Publiée 4 juillet1 encre

Il était une fois, dans un village serré entre deux collines comme un œuf dans le creux d’une main, une famille qui vivait au bout de la rue la plus longue. Le père était charpentier, la mère tissait des nappes de lin blanc, et ils avaient trois enfants : l’aîné s’appelait Corentin, le second s’appelait Mathieu, et la cadette — une fille aux cheveux couleur de châtaigne mûre — s’appelait Noé.

Dans ce village, tout le monde savait deux choses par cœur, comme on sait son prénom et l’heure du coucher. La première : quand le ciel devenait vert et que les hirondelles disparaissaient, il fallait rentrer chez soi, fermer les volets, tirer les verrous, et surtout — surtout — ne pas regarder par les fentes. La seconde : au fond du jardin, derrière le vieux cognassier tordu, il y avait une porte dans le mur de pierre. Cette porte était noire, bardée de fer, et son loquet était depuis toujours fermé par une chaîne dont personne ne connaissait la clef. Le père avait dit à ses enfants, le soir où il avait jugé qu’ils étaient en âge d’entendre :

— Cette porte ne s’ouvrira jamais. Ne la touchez pas. Ne vous en approchez pas par nuit d’orage. Et ne demandez jamais pourquoi.

— Pourquoi ? avait demandé Corentin.

— J’ai dit : ne demandez jamais pourquoi, répéta le père sans hausser la voix, ce qui était plus effrayant que s’il avait crié.

Et les enfants avaient obéi. Un moment.

Car les enfants obéissent toujours un moment.

Le premier orage de l’année arriva en début d’automne, comme il venait toujours, sans prévenir vraiment, précédé seulement de ce silence particulier qui fait taire les grillons et immobilise les feuilles. Le ciel vira au vert, puis au violet, puis au noir d’encre. Les hirondelles disparurent. La mère boucla les volets, le père tira les verrous, et les trois enfants se retrouvèrent dans la grande cuisine éclairée par deux chandelles.

Alors vint le tonnerre.

Mais ce n’était pas tout à fait le tonnerre. Corentin, qui avait douze ans et qui se croyait courageux parce qu’il ne pleurait plus depuis ses sept ans, se raidit sur sa chaise. Mathieu, qui en avait neuf, enfouit sa tête sous un coussin. Noé, qui en avait sept, tendit l’oreille et fronça les sourcils.

Ce son n’était pas une explosion. Ce n’était pas un claquement. C’était un grondement long, roulé, vivant — comme si quelque chose d’immense respirait là-haut dans les nuages, quelque chose qui avait de la gorge et de la colère et de l’âge.

— C’est quoi ? murmura Noé.

— Le tonnerre, dit Corentin.

— Ce n’est pas le tonnerre, dit Noé.

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