Le Dernier Allumeur
Ils étaient neuf cents en mille huit cent quatre-vingts.
Ils sont un.
Il part à cinq heures, la perche sur l'épaule,
la perche en frêne avec la mèche au bout,
qu'on ne fabrique plus depuis onze ans
et qu'il répare lui-même, l'hiver, avec de la ficelle poissée.
Dix-sept becs.
Rue Cardinet, rue des Dames, deux impasses
dont l'une n'a même pas de nom sur les plans.
Il monte le verre, il approche, il attend le petit claquement,
ce bruit de bouche qui dit oui —
et la rue se souvient d'avoir été une rue de nuit,
avant l'électricité, avant la guerre,
avant que les fenêtres apprennent à briller toutes seules.
On lui a dit : encore deux ans, peut-être trois.
Il a répondu qu'il savait.
Les gens qui passent ne le regardent plus.
C'est bien. Un homme qui donne de la lumière
n'a pas besoin qu'on le voie :
il a besoin qu'on y voie.