Le Courrier de Mardi
Au quatorze, le facteur passe à onze heures, comme partout. Ce qu'il dépose, en revanche, n'appartient pas tout à fait à ce jour-là. Les factures y sont datées du vendredi. Les cartes postales décrivent une mer qu'on n'a pas encore vue. Personne n'en parle dans l'escalier, et tout le monde le sait.
Madame Estève, au second, a cessé d'ouvrir. Elle empile. Elle attend que le monde rattrape ses enveloppes, et alors seulement elle décachette, avec le soulagement de quelqu'un qui vérifie une addition déjà payée.
Moi, j'ouvre tout de suite. C'est une faiblesse. Mardi dernier j'ai lu qu'on m'écrivait pour me consoler, et j'ai passé trois jours à me demander de quoi.
On s'habitue. C'est cela qui devrait inquiéter : on s'habitue, et l'on finit par trouver naturel de recevoir des nouvelles avant qu'elles ne soient vraies.