YOSTORILa Partdu Ventpar Yostori
conte · 10 min de lecture

La Part du Vent

Yostoripar Yostori
Publiée 23 juillet0 encre

Il était une fois, dans un pays de blé où les collines se suivaient comme des vagues qui auraient renoncé à la mer, un meunier qui avait trois fils et un moulin.

Le moulin se dressait sur la plus haute butte, et il tournait depuis si longtemps que les gens du pays réglaient leur vie sur lui plus que sur le soleil, lequel se couche, tandis qu’un moulin bien servi ne s’arrête pas. L’aîné des fils savait le grain, le second savait les meules, et le cadet, qu’on appelait Perrin, ne savait rien d’aussi sérieux : il savait le vent. Il grimpait aux ailes pour l’écouter venir, il lui parlait comme à une bête de somme, pour l’encourager, et son père disait en soupirant qu’on ne fait pas de la farine avec des conversations.

Un matin d’avril, le vent ne se leva pas.

Cela arrive, et personne n’y prit garde. Mais le vent ne se leva pas non plus le lendemain, ni la semaine d’après, ni le mois suivant. Les ailes du moulin restèrent en croix, comme des bras qu’on n’ose plus tendre. Les fumées montaient des cheminées toutes droites, pareilles aux colonnes d’un temple. Les nuages restaient chacun chez soi, et comme aucun ne voyageait plus, la pluie ne trouva plus le chemin du pays : les mares se fendirent, les fontaines baissèrent la voix. Sur les routes, on croisait les oiseaux à pied, qui marchaient comme des voyageurs, l’aile inutile au côté.

Et les coqs des clochers rouillèrent en regardant tous le même côté.

Quand la faim se mit à monter les collines, on alla trouver la plus vieille femme du pays, qui vivait au bord du bois et qui se souvenait de choses que les autres n’avaient jamais sues.

— Le vent n’est pas mort, dit-elle. Le vent ne meurt pas. Mais on l’a tant maudit qu’il s’est couché. Le marin le voulait d’ouest, le meunier le voulait de nord, le faucheur le voulait mort, la mariée le voulait poli. Cent ans de reproches, et pas un merci. Un matin, il n’a plus trouvé de raison de se lever, et il est rentré chez sa mère.

— Et où demeure sa mère ? demanda-t-on.

— Au bout du monde, derrière trois pays : le pays où finissent les routes, le pays où finissent les arbres, et le pays où finit l’herbe.

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