La Fenêtre des Âmes Épistolaires
Assise là où le verre hésite
entre dedans et nulle part,
je regarde les saisons se disputer le ciel
comme deux sœurs qui tordent la même écharpe.
L’une dit : c’est moi qui ai fleuri les pierres,
l’autre répond qu’elle est arrivée hier
avec ses bagages de givre et de miel,
et toutes deux mentent — toutes deux ont raison.
Qui croire, sinon le soleil
qui tourne sa clé dans chaque mémoire
comme un horloger aveugle
entrant dans la maison par la serrure ?
Il sait où je suis née —
dans la volonté de deux âmes
qui s’écrivaient des lettres à travers les continents
du rêve,
des mots posés sur papier comme des oiseaux
qu’on libère sans savoir
s’ils trouveront la branche juste.
Je suis leur encre séchée,
leur virgule hésitante entre deux désirs,
le blanc entre les mots
où quelque chose a décidé de vivre.
Et la fenêtre me tient —
ni dehors ni dedans,
dans l’entre-saison de moi-même,
là où le soleil écrit encore
ce que mes deux âmes n’ont pas fini de se dire.