La Clef sans Porte
Il était une fois, dans un bourg de collines où les maisons se connaissent toutes par leur nom, une demeure qu’on appelait la maison Aubépin, et une vieille demoiselle qui l’habitait, Léonide Aubépin, dont on disait deux choses : qu’elle n’avait jamais eu de malheur, et qu’elle ne prêtait jamais ses clefs.
Jamais de malheur — dans une vie entière — songez à ce que cela suppose. Les gelées épargnaient son verger. Les fièvres s’arrêtaient à sa grille. Quand la grêle hachait le bourg, elle tombait, disaient les voisins avec un peu d’aigreur, partout sauf sur les ardoises de la maison Aubépin. Léonide souriait de ces remarques, d’un sourire poli et fermé, et portait à sa ceinture un trousseau dont elle ne se séparait pas, même pour dormir, même à la messe.
Quand elle mourut, très vieille et très droite, on lui trouva une héritière : une petite-nièce de la ville, Perrine, vive comme un étourneau, qui reçut la maison, le verger, les meubles cirés — et une enveloppe cachetée contenant une clef.
Une clef de fer noir, lourde, froide, d’un dessin qu’aucun serrurier du bourg ne sut dater.
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