La Cave du Bas
La maison a deux caves. Celle du haut sent la pomme et le vin ; on y descend en pantoufles, on y rit. Celle du bas commence après un coude, treize marches, et personne n'a jamais eu besoin qu'on lui explique la différence.
Mon grand-père y allait encore, avant. Il remontait vite, et il refermait la porte de la main gauche en tenant la lampe de la droite, ce qui est une manière de ne jamais tourner le dos. On appelait cela son habitude. Une famille appelle habitude ce qu'elle ne veut pas nommer.
J'y suis descendu à onze ans, pour la gloire. Il n'y avait rien. Une terre battue, des bocaux, une odeur de pierre mouillée. Rien. J'insiste : rien.
Seulement, depuis, je referme les portes de la main gauche. Je ne l'ai pas décidé. Et quand mon fils demande ce qu'il y a en bas, je réponds : des bocaux — du même ton exact, à la même hauteur de voix, que mon grand-père autrefois.