L’amour au deux visages
Il l’avait repérée un jeudi soir, . Elle avait dix huit ans Il s’appelait Jonathan. Il avait un sourire qui semblait fabriqué sur mesure pour elle, et une voix douce, posée, de celles qui rassurent avant même qu’on sache pourquoi on avait besoin d’être rassurée.
Elle s’appelait Nanny
Elle le rencontra et ce jour là il avait ri encore, cette fois pour lui, et quelque chose s’était mis en marche, comme une horloge qu’on remonte sans savoir qu’elle sonnera un jour l’alarme.
Les premiers mois furent une lumière continue. Il apportait des fleurs sans raison, il se souvenait du prénom de sa chienne morte, il pleurait presque en l’écoutant raconter son enfance .les étés chez sa tante grand mère Les amies de Nanny disaient qu’elle avait de la chance, qu’un homme comme ça, on n’en croisait pas deux dans une vie. Sa mère, plus prudente, avait simplement dit :
— Il est parfait.
Nanny avait ri de cette phrase aussi. Elle avait ri de beaucoup de choses, cette année-là.
Tout le monde disait de lui c’est un homme si sensible, si entier dans son amour.
Leyla naquit quelques mois après, avec les cheveux noirs de son père et les yeux clairs de sa mère. Noraya suivit dix-huit mois plus tard, plus calme, plus silencieuse, comme si elle avait senti dès le ventre qu’il fallait se faire discrète dans cette maison.
C’est après Leyla que la fissure s’était ouverte, minuscule d’abord, comme une lézarde qu’on ne remarque pas dans un mur qu’on aime.
Un soir, jonathan était rentré tard, l’œil trop brillant, la voix trop lente. Nanny lui avait demandé où il était.
— Tu me contrôles maintenant ? avait-il répondu. Tu deviens comme les autres femmes, celles qui étouffent leur mari.
Elle s’était excusée.
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